16 septembre 2012, Nokhur, Turkménistan

Rencontre avec le mollah et prières

Nouvelle excursion à Nokhur. Le tapshan qui entoure l’arbre sacré a été démonté. Tout est en travaux pour reconstruire une terrasse pouvant accueillir cinq cents personnes. Des ouvriers sont là, aucun pélerin.

Nous montons les escaliers jusqu’à la cavité de Kyz Bibi. Une dizaine de minutes plus tard arrive le mollah, prévenu par on ne sait qui. Antoine était en train de filmer à son arrivée. La caméra reste allumée en toute discretion. Il ne parle que très peu russe mais nous explique en quelques mots la légende du lieu, de la jeune Kyz Bibi que la montagne a protégée des bandits qui voulaient salir son innocence. Il existerait au Turkménistan sept lieux saints du même ordre : une ou plusieurs jeunes filles vierges et innoncentes qui sont poursuivies par des hommes aux mauvaises intentions et la montagne qui les protégent en les accueillant en son saint.

Il nous raconte aussi une autre légende, déjà évoquée par Snejana un mois plus tôt. De cette grotte, auparavant, coulait un ruisseau. Les alentours étaient verdoyants, couverts d’une végétation luxuriante. Un jour, un homme et une femme ont fait l’amour sur les bords de ce ruisseau. La source s’est immédiatement tarie. Etait-ce Adam et Eve, voilà une question que je voudrais poser au mollah.

Nous lui avons demandé de faire une prière pour une connaissance malade. Il a commencé par dire des sourates du Coran, les yeux rivés sur ses paumes, tournées vers le ciel. Il a ensuite pris un des tissu accroché au buisson à côté de la cavité.

Il demande le nom de la personne. A voix basse, les yeux semi-fermés, il prononce des mots en turkmène en direction du tissu, puis continue en soufflotant et crachotant. Il me tend le tissu et me dit de le donner à la personne ; qu’elle le trempe dans un verre d’eau et qu’elle boive trois fois l’eau du verre. A chaque douleur ou mal être, elle doit boire de cette eau.

Nous redescendons avec lui jusqu’à l’arbre. Il nous remet aussi un petit sachet contenant une mixture faite de plantes, bonne pour le coeur. Nous lui laissons quelques dix manats (monnaie turkmène, env trois euros), comme je l’ai toujours vu faire par les turkmènes. Cela fait partie intégrante de la cérémonie diraient les psychologues. Puis il nous quitte pour reprendre le chemin du village.

En bas du site de Kyz Bibi, sur le chemin du village, un cimetière est interdit aux non-musulmans. Chaque tombe est ornée de cornes de mouton ou de chèvre, la base est fixée à un poteau de bois grâce à des foulards colorés. Certains expliquent que ces cornes aident le défunt à monter au ciel. Il s’y accroche et le mouton devient le véhicule qui amènera plus rapidement le mort près de Dieu. D’autres nous diront plus tard que les cornes protègent des mauvais esprits.

Lors d’une précédente visite, ce personnage avait été appelé “mollah”, il appartient donc clairement à la religion musulmane. Pourtant, le terme mollah désigne habituellement un membre du clergé chiite, alors que le Turkménistan est clairement de rite sunnite. Est-ce là seulement un écart de langage lié à la proximité de l’Iran ?

Pour en revenir à ce personnage, donc un prêtre de la religion musulmane, ses pratiques semblent aussi comporter une part importante d’animisme, mais nous sommes encore trop tôt dans l’étude pour pouvoir le certifier :

le lien avec un objet (tissu) ou un élément naturel (morceau de bois ou caillou) qui devient le dépositaire de la prière,

la relation à un acte de guérison, ce qui était aussi le cas des demandes émises par le mari de Cristina.

Le fait de prendre un tissu qui a été déposé là comme le voeu d’une autre femme, aura-t-il un impact sur le voeu prononcé avec ce tissu ? Ce geste du mollah marque peut-être la limite entre superstition matérielle et voeu pieu. L’objet ; le tissu, la pierre, le morceau de bois n’ont que peu d’importance après que la personne ait fait son voeu. Ces objets ne sont que des transmetteurs et non les dépositaires du voeu ou de la prière. Ils marquent la profession de foi.

L’intermédiaire entre Dieu et les hommes n’est pas ici un saint avéré mais un personnage de légende.

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